Marc-Antoine CHARPENTIER

(1643 - 1704)

Missa Assumpta est Maria H.11

Salve Regina H.24

Litanies de la Vierge H.89

Solistes et Ensemble instrumental baroque

 

La Chapelle Vocale de Lausanne

Direction: Gonzalo MARTINEZ

Samedi 12 octobre 2018 - 20h00

Eglise de Beaumont (Salève) - France

Dimanche 13 octobre 2018 - 16h30

Eglise de Ferney-Voltaire - France

Marc-Antoine CHARPENTIER

Marc-Antoine Charpentier est né en 1643, dans le "diocèse de Paris", ce qui correspond à la région de l'actuelle Île-de-France, sans que nous connaissions toutefois l'endroit exact. La famille Charpentier était originaire de Meaux depuis plusieurs générations. Son arrière-grand-père Denis y était "maître mégissier", son grand-père Louis "huissier sergent royal" et son oncle Pierre "prêtre grand chapelain de la cathédrale". En revanche, c'est à Paris que son père Louis Charpentier poursuit une carrière de "maître écrivain", métier consistant à établir des documents officiels pour le Parlement ou le Châtelet, ou encore pour un particulier haut placé.

Rien donc ne semblait destiner Marc-Antoine à la musique. Il passe son enfance et son adolescence à Paris, dans le quartier Saint-Séverin où sa famille s'installe peu après sa naissance.

Mais où et avec qui Marc-Antoine apprit-il les rudiments de la musique ? Nous l'ignorons toujours.

 

Âgé d'une vingtaine d'années, Charpentier part à Rome où il demeure trois ans. Il y côtoie Giacomo Carissimi, reconnu comme le plus grand musicien romain de l'époque, fameux pour ses histoires sacrées ou oratorios. Charpentier retiendra la leçon puisqu'il composera de nombreuses histoires sacrées en latin et sera d'ailleurs le seul Français de cette période à s'être attaché au genre avec autant d'assiduité. Ses premières pièces dans ce domaine se ressentent du style de son aîné italien, tant dans les thèmes traités (Abraham, Le Jugement dernier, Le Jugement de Salomon) que dans l'écriture proprement dite (Judith H.391). Charpentier est aussi manifestement impressionné par les grandes compositions polychorales que l'on pouvait entendre dans les principales églises de Rome. Ses nombreux motets à double chœur et surtout sa Messe à quatre chœurs H.4, exemple absolument unique en France, en font foi.

 

Après son séjour en Italie, Charpentier revient à Paris à la fin des années 1660. Il s'installe chez Marie de Lorraine, princesse de Joinville, duchesse de Joyeuse et duchesse de Guise, dite Mademoiselle de Guise, dans son grand hôtel de la rue du Chaume. Marie de Lorraine, était la petite-fille d'Henri de Guise, surnommé "le Balafré", l'organisateur de la Ligue assassiné sur l'ordre du roi Henri III. Avec un tel passé, on peut comprendre que, même des générations après, les relations de Mademoiselle de Guise avec la cour n'étaient guère évidentes. Charpentier a-t-il pâti de ces ancestrales rivalités, en étant tenu à l'écart des grands postes si convoités de la Musique de Louis XIV? De même que le roi néanmoins, Mademoiselle de Guise adore la musique et a à cœur d'entretenir dans son hôtel un ensemble de musiciens et de chanteurs d'une telle qualité que, selon le Mercure galant, "celle de plusieurs grands souverains n'en approche pas".

Charpentier est aussi au service d'Élisabeth d'Orléans. Il offre à ses deux protectrices et à leur entourage œuvres sacrées (Litanies de la Vierge à six voix et deux dessus de violes H.83, Bonum est confiteri Domino H.195, Cæcilia Virgo et Martyr H.394, H.413, H.415...) et profanes (Actéon H.481, Les Arts florissants H.487, La Couronne de fleurs H.486, La Descente d'Orphée aux enfers H.488...).

 

En 1672, Molière demande à Charpentier de remplacer Lully pour assurer la partie musicale de ses comédies-ballets. Le 8 juillet, le théâtre du Palais Royal reprend La Comtesse d'Escarbagnas et Le Mariage forcé H.494 avec une nouvelle musique de Charpentier. Le 30 août suit une reprise des Fâcheux dont la musique est perdue, tout comme celle de Psyché. Mais c'est avec une nouvelle pièce de Molière, Le Malade imaginaire H.495, créée le 10 février 1673 que le musicien peut donner la pleine mesure de son talent.

 

Malheureusement, Molière meurt à la quatrième représentation, ce qui met une fin prématurée à la collaboration des deux artistes. Par ailleurs, le compositeur est victime de lettres patentes émanant de Lully à l'encontre de la troupe de Molière ; il doit ainsi réviser la partition de son Malade imaginaire afin de se conformer aux restrictions du nombre de chanteurs et d'instrumentistes autorisé par le surintendant de la Musique du roi sur les scènes autres que celle de l'Académie royale de musique.

 

Au cours des années 1680, des couvents de religieuses comme l'Abbaye-aux-Bois ou Port-Royal de Paris commandent des pièces à Charpentier.

 

En avril 1683, Charpentier, ambitionnant une reconnaissance à sa mesure, se présente au concours du recrutement des sous-maîtres de musique de la Chapelle royale. Par malchance, il tombe malade et ne peut aller jusqu'au bout des épreuves. C'est sûrement une grande déception et l'occasion d'obtenir un poste à la cour ne se représentera plus. Charpentier est cependant sollicité, à diverses occasions, à prendre part au cérémonial royal ou princier, ce qui montre que Louis XIV le tenait en haute estime.

 

Quelques mois après le concours de la Chapelle royale, le 30 juillet 1683, la reine de France Marie-Thérèse meurt. Pour célébrer sa mémoire, Charpentier est invité à écrire trois superbes pièces : une sorte de grande histoire sacrée In obitum augustissimæ nec non piissimæ Gallorum Reginæ Lamentum H.409 suivi d'un De profundis H.189, et un petit motet Luctus de morte augustissimæ Mariæ Theresiæ reginæ Galliæ H.331.

 

À la mort de Mademoiselle de Guise en 1688, Charpentier est employé par les Jésuites dans leurs établissements parisiens.

 

Durant la période où il travaille chez les Jésuites, Charpentier, alors âgé de cinquante ans, fait représenter à l'Académie royale de musique Médée, son unique tragédie en musique. Le livret est de Thomas Corneille que le musicien avait connu au théâtre français une vingtaine d'années auparavant.

 

Le 28 juin 1698, Charpentier est nommé maître de musique des enfants de la Sainte-Chapelle du Palais, l'une des institutions les plus importantes de la capitale avec Notre-Dame de Paris.

 

Pour Charpentier, cette dernière période est celle des chefs-d'œuvre avec la Missa Assumpta est Maria, l'histoire sacrée Judicium Salomonis et le Motet pour l'offertoire de la Messe Rouge destiné à célébrer la rentrée annuelle du Parlement.

C'est dans sa maison de la Sainte-Chapelle, qu'à sept heures du matin du 24 février 1704, Charpentier, âgé de soixante ans, s'éteint.

Henry DU MONT

 

Henry Du Mont naît à Looz (Borgloon en flamand) vers 1610. Ses parents, Henry de Thier et Elisabeth Orbaen vivaient dans cette ville depuis leur mariage ; une ville relativement importante pouvant offrir des activités diverses. Le calme relatif régnant sur le pays de Liège n’allait pas durer, la guerre allant bientôt faire rage. C’est probablement suite à ces circonstances que la famille se déplaça à Maastricht. Le frère de Henry de Thier les y attendait ; il se chargea d’ailleurs rapidement de l’éducation des enfants – Henry Du Mont avait un frère Lambert – qui firent partie de la maîtrise de Notre-Dame de Maastricht dès 1621.

 

Le jeune Henry y reçut une solide éducation, générale et musicale (enseignement de la philosophie, théologie, contrepoint, composition, basse continue, instruments) et pouvaient chanter dans le chœur en contrepartie d’un petit salaire en nature. 

Il n’est âgé que de 16 ans lorsque ses maîtres reconnaissent son talent en lui accordant la prébende musicale de Sainte-Anne.

 

En 1629, sa carrière prend également un tournant en étant nommé organiste de Notre-Dame. Cependant, il suscite très vite le changement et désire voir au-delà de Maastricht. Nous ne savons pas où il se rendit ; probablement à Liège où se mêlait à l’époque diverses tendances artistiques.

 

Henry Du Mont obtient plusieurs congés au cours des années 1630 pour voyager mais c’est en 1638 qu’il disparut complètement de Maastricht ; selon de multiples probabilités, il s’installa en France, où il devait certainement tenir les orgues de quelque couvent de la capitale. On retrouve sa trace à la tribune de l’Église Saint-Paul, où il est officiellement engagé comme organiste de l’église le 4 avril 1643 – il exercera cette fonction jusqu’à la fin de sa vie. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’il utilise la première fois, officiellement, la traduction française de son nom wallon, Du Mont et non plus Thier. Grâce à ce poste, le musicien devint l’un des organistes les mieux payés de Paris, et assura sa position et sa notoriété.

 

Organiste, Henry Du Mont est également claveciniste, enseignant et compositeur et se trouve présente dans la salons mondains om sont organisés des concerts privés. C’est ainsi que se diffuse son œuvre, avant même les premières publications imprimées.

 

En 1647, le compositeur reçoit ses « Lettres de naturalité » faisant de lui un sujet de Louis XIV à part entière. Cinq années plus tard, il publie ses Cantica sacra cum vocibus tum instumentis modulata (Cantica sacra pour deux, trois et quatre voix, avec basse continue), entremêlées de plusieurs pièces instrumentales. Il s’agit de la première publication en France de petits motets alors que ce genre existait en Italie depuis décennies. Peu de temps après cette publication, il est nommé claveciniste du duc d’Anjou, le frère du Roi, et fait ainsi son entrée à la Cour.

 

En 1657, Du Mont publie ses Mélanges, un ensemble d’airs accompagnés de préludes instrumentaux, et de petites pièces religieuses. S’ensuivent les Airs à quatre parties – sur des paraphrases de psaumes en français – et les Motets à deux voix.

 

En 1660, le roi Louis XIV se marie avec l’infante Marie-Thérèse. La Musique de la Reine doit se constituer et avec elle Henry Du Mont qui devient son organiste. Deux années plus tard, il saisit l’opportunité de se présenter au « concours » de sous-maître de la Musique de la Chapelle suite à la perte de Jean Veillot. Henry Du Mont et Pierre Robert – maître de musique de Notre-Dame – partageront ce poste en alternance. Du Mont a enfin touché ce qu’il souhaitait le plus au monde : occuper les hautes fonctions de la Cour dans le domaine de la musique sacrée.

 

Le sous-maître compose beaucoup : en 1668 et 1681 paraissent les Motets à deux voix puis les Motets à II, III et IV parties, et en 1669 ses Messes en plain-chant.

 

Pendant les vingt dernières années de sa vie, Du Mont accroit sa notoriété : il obtient en 1667 en bénéfice l’abbaye de Silly-en-Gouffern, près d’Alençon, qu’il gérera jusqu’à son dernier souffle, puis en 1668 il devient le compositeur de la Musique de la Chapelle et obtient la charge de maître de la Musique de la Reine.

 

En 1683, Henry Du Mont demande au Roi « un congé à cause de son infirmité » et se retire dans sa maison parisienne. Il s’y éteindra le 8 mai 1684 et sera enterré aux côtés de son épouse « près de la chapelle des fonts » dans l’Église Saint-Paul.

Avec Henry Du Mont se clôt une riche période de la vie musicale de la Chapelle du Roi ; ses successeurs vont ouvrir une nouvelle ère et par le même temps, plonger le vieux sous-maître dans l’oubli.